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Le Blog d'Agnès

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La petite histoire du mois de septembre: A propos de Responsabilité

A propos de Responsabilité

Le temps court sur les voiles de mon bateau et je ne sais plus quelle est sa vitesse de croisière. Voilà que j’étais partie pour un voyage en solitaire et que je me retrouve à partager mes jours avec l’Albatros, mon compagnon de route. Le Pacifique est magnifique, tout homme devrait se retrouver avec lui au moins une fois pour le peindre au fond de son cœur. Sirotant le thé vert préparé à bord et réchauffant tous mes membres, je me surprends à rêver de mes projets futurs et du potentiel que je vais développer une fois revenue à terre. Quand soudain dans un sifflement d’aile, mon ami se pose juste à mes côtés :

« J’ai besoin de ton aide voyageuse ! Un albatros que je connais bien est à quelques milles d’ici, perché sur un rocher, à fixer le gris du caillou. Certains lui tournent autour en se moquant de lui, persiflant qu’il ne sait pas voler. Il souffre beaucoup et ne sort pas de cette impasse. La nuit passée il a pleuré de douleur de toujours être seul sur sa caillasse et de ne pas voir les continents et les marins. Tu pourrais peut-être le prendre à bord ou l’amener ailleurs.

– A-t-il demandé mon aide ?

Non, il ne l’a pas fait. Mais je sens bien qu’il en a besoin. Il ne peut pas voler car les nuages l’ont toujours effrayé. Son caillou et sa situation ne lui conviennent pas, il est malheureux là-bas, tout seul.

– Je comprends ton inquiétude et je comprends qu’il puisse être malheureux dans ces conditions. Mais je n’irai pas le chercher. Trop d’hommes, trop d’albatros sont malheureux. Et parfois, il n’y a personne à dénoncer, rien à changer ou à entreprendre contre leur malheur. Un albatros peut se retrouver seul prisonnier d’un rocher parce qu’il choisit d’y rester. Comme un homme peut se retrouver prisonnier d’une situation, d’une relation, d’un environnement ou d’une croyance. Bien souvent, parce qu’il choisit d’y rester… Ton ami a le choix de prendre son envol et de changer de caillou. Il a l’occasion de te demander de l’aide, de faire part de son désir d’autres contrées. Il a de multiples possibilités. S’il ne les exploite pas, cela lui appartient, il est le seul responsable de lui- même.

Cela semble si simple. Il est entièrement responsable de ses actes comme de ses inactions. De demander ou de ne pas demander de l’aide. Je sais qu’il est responsable de déployer ses ailes ou de les porter comme un poids sur son dos. C’est même là un phénomène que je constate chaque jour et que j’admets avec les marins de passage, comme toi, ou mes autres compagnons des airs. Pourtant, quelques fois, comme ici avec mon ami, j’ai envie de changer cette évidence. Je voudrais l’aider, lui faire voir la beauté du ciel pour qu’il s’envole, le tirer par les plumes et qu’il sente la douceur du soleil de plus près, la fraicheur des nuages.

– Aussi belle soit la lumière au dessus des brumes, aussi étendues soient les autres îles à découvrir, aussi fraîche et grisante soit la percée d’un nuage, tes ailes ne volent que pour toi. Ses ailes lui appartiennent. Tu ne pourras ni les porter, ni les couper, ni les échanger contre les tiennes. Tu peux lui montrer les rochers que tu aimes, voler à ses côtés s’il le souhaite. Vous pourrez ensemble rencontrer les marins d’un jour, les albatros d’ailleurs et les vagues des tempêtes s’il choisit de t’accompagner. Ton ami a des ailes, il est seul responsable de leur déploiement.

Je serais prêt à l’accompagner s’il me le demande. Tu as raison voyageuse, je ne peux l’aider que s’il sollicite mon aide. Il est responsable de son envol et la vie lui a offert de magnifiques ailes; à lui de les faire voler. Un peu comme vous les marins, qui êtes responsables de vos manœuvres, de votre bateau, du cap et du choix de la route. »

Agnès Grêt, Tripyourlife.

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